Bon, concrètement, une piscine qui vire au vert en deux jours, ce n’est jamais un coup du sort. C’est un déséquilibre qui couvait, et un déclencheur (orage, chaleur, pompe coupée, baigneurs nombreux) qui a fait basculer le bassin du côté des algues. La bonne nouvelle : dans la grande majorité des cas, on récupère l’eau en 48 à 72 heures sans vider, sans appeler personne, et avec des produits qu’on a déjà au local technique.
La mauvaise : la méthode qui circule en jardinerie (verser un litre d’algicide, attendre, recommencer) échoue presque toujours en rattrapage. Elle marche en prévention, pas une fois que l’eau a tourné.
Pourquoi l’algicide ne suffira pas
Une eau verte, ce ne sont pas « des algues qui flottent », c’est un écosystème installé sur les parois, dans les recoins du skimmer, dans le filtre lui-même. L’algicide agit en surface, sur la colonne d’eau. Les colonies fixées, elles, sont protégées par un biofilm que seul un brossage mécanique combiné à un oxydant fort peut casser. Verser de l’algicide sur une eau déjà verte, c’est arroser une moquette pour décoller un chewing-gum.
Mesurer le pH avant tout geste
À pH 7,0, environ 75 % du chlore présent est sous sa forme active (HOCl), celle qui tue les algues et les bactéries. À pH 8,0, on tombe sous les 25 %. Vous pouvez balancer trois fois la dose recommandée, si votre pH est à 8,2, vous brûlez votre budget chimie pour un quart d’efficacité réelle.
Avant d’ouvrir le bidon de chlore choc, on sort les bandelettes ou (mieux) un testeur électronique. Cible : pH entre 7,0 et 7,4. Au-dessus, un correcteur pH moins (bisulfate de sodium) règle ça en quelques heures. En dessous de 6,8, pH plus. On contrôle aussi le TAC, qui doit se situer entre 80 et 120 mg/L. Un TAC trop bas fait yo-yo le pH et rend tout traitement instable.
J’ai mesuré ça sur des dizaines de bassins en panique : 8 fois sur 10, le propriétaire avait déjà versé du chlore choc avant d’appeler, et le pH était à 8,3 parce que le chlore choc en granulés fait grimper le pH au passage. La séquence compte : pH d’abord, oxydant ensuite.
Pendant que le pH se stabilise, on en profite pour vérifier que la pompe et le filtre tournent dans des conditions correctes, parce qu’un bassin qui se met à verdir cache parfois une prise d’air ou une circulation diminuée.
Brosser, brosser, brosser
Balai télescopique, parois, fond, marches, derrière l’échelle, pourtour des buses. Partout. Tant que les algues restent collées au revêtement, aucun produit ne les atteint.
Liner ou polyester : balai souple. Béton ou carrelage : balai dur, brosse acier. Comptez 20 à 30 minutes pour un bassin de 50 m³. C’est l’étape qui fait 60 % du résultat.
Choquer au chlore non stabilisé
Tous les « chlores choc » ne se valent pas. Celui qui marche en cas d’eau verte, c’est l’hypochlorite de calcium (non stabilisé) ou, à défaut, le dichloroisocyanurate. À éviter en rattrapage : pastilles multifonction, galets lents, et tout ce qui contient déjà du stabilisant (acide cyanurique). Si votre stabilisant dépasse 50 mg/L, en rajouter bloque complètement l’action du chlore. C’est le « chlore verrouillé » : le testeur affiche 3 mg/L, l’eau reste verte, personne ne comprend.
Dosage indicatif : environ 200 g d’hypochlorite de calcium pour 10 m³. On dilue dans un seau d’eau (jamais l’inverse), on verse devant les buses de refoulement, pompe en marche, le soir de préférence (les UV détruisent le chlore en quelques heures). On laisse tourner toute la nuit.
Le matin, l’eau est souvent passée du vert au gris-bleu trouble. C’est bon signe : les algues sont mortes, elles passent en suspension, le filtre va les capturer.
Filtrer en continu jusqu’à clarification
C’est l’étape où la plupart des propriétaires se sabordent. Ils relancent la pompe quatre heures par jour comme d’habitude, et s’étonnent que l’eau reste laiteuse pendant une semaine.
Pendant un rattrapage anti-algues, la filtration tourne 24 heures sur 24, sans interruption, jusqu’à clarification complète. Pas de nuit, pas de pause, pas de programmation économique. Le coût électrique sur 3 jours est dérisoire à côté d’un nouveau bidon de chlore racheté par dépit.
Et on backwash. Souvent. Un filtre à sable encrassé par des algues mortes perd son efficacité en quelques heures. Lavage à contre-courant dès que la pression monte de 0,2 à 0,3 bar au-dessus de la référence. Sur les épisodes verts sévères, deux backwash par jour, c’est normal.
Un floculant ou un clarifiant peut accélérer la chose en agglomérant les particules fines, mais seulement sur filtre à sable ou à diatomées, jamais sur cartouche (vous la colmatez). Si vous avez un robot hydraulique ou électrique, un bon robot fait gagner un temps considérable sur l’aspiration des dépôts qui se déposent au fond pendant la phase de clarification. Pour les outils annexes (épuisette de fond, brosse, testeur), tous les indispensables d’un local technique digne de ce nom tiennent dans un seul placard.
Quand l’eau ne revient pas : les vrais coupables
72 heures plus tard, l’eau devrait être claire ou en passe de l’être. Si elle reste verte ou laiteuse, le problème n’est plus dans la procédure, il est dans le bassin lui-même. Les suspects, par fréquence :
Stabilisant trop élevé. Au-dessus de 75 mg/L d’acide cyanurique, le chlore est verrouillé chimiquement. Une seule issue : vidanger partiellement (30 à 40 %) et rajouter de l’eau neuve. Aucun produit ne décompose le stabilisant.
Phosphates. Les algues s’en nourrissent. Un bassin entouré de pelouse traitée à l’engrais, ou rempli avec de l’eau de puits chargée, accumule des phosphates qui relancent les colonies dès qu’on baisse la garde. Un anti-phosphate règle ça, mais c’est un traitement de fond, pas un sauvetage d’urgence.
Filtration sous-dimensionnée. Un sable colmaté depuis trois saisons, une cartouche jamais remplacée, un débit divisé par deux : le filtre laisse passer ce qu’il devrait retenir. Si vous n’avez jamais changé votre sable, c’est probablement l’heure (durée de vie réelle : 5 à 7 ans, pas 15 comme on lit parfois).
Reste le cas de la piscine sortie d’un hivernage bâclé. Si le bassin a passé l’hiver sous bâche sans aucune protection chimique, le redémarrage est presque toujours houleux. Mieux vaut alors reprendre la procédure complète de remise en route plutôt que bricoler un rattrapage, vous éviterez de tourner en rond pendant une semaine.
Pour la saison prochaine, le sel, le brome ou l’oxygène actif sont des alternatives crédibles selon le type de bassin, chacun avec sa logique propre face aux algues. Aucune n’est magique, mais certaines réduisent franchement la fréquence des épisodes verts.
Questions fréquentes
Peut-on se baigner pendant le traitement choc ?
Non. Tant que le taux de chlore libre dépasse 3 mg/L, la baignade est déconseillée (irritation oculaire, peau, voies respiratoires). Comptez 24 à 48 heures après le choc pour que le taux redescende sous 2 mg/L. Vérifiez avec une bandelette ou un testeur DPD avant de laisser quiconque entrer dans l’eau, enfants en premier.
Faut-il vider la piscine quand elle est très verte ?
Presque jamais. Vider est un dernier recours réservé aux cas où le stabilisant est saturé ou l’eau souillée par des matières organiques importantes (animal mort, inondation, vandalisme). Un rattrapage chimique coûte 30 à 50 euros. Une vidange-remplissage en eau de ville coûte plusieurs centaines d’euros et stresse le revêtement, surtout sur liner.
Pourquoi mon eau redevient verte chaque semaine après traitement ?
Parce que vous traitez le symptôme et pas la cause. Trois pistes à creuser dans l’ordre : stabilisant trop haut (analyse en magasin spécialisé pour confirmer), filtration insuffisante en durée ou en débit, présence de phosphates dans l’eau d’appoint. Une piscine qui reverdit cycliquement révèle toujours un déséquilibre de fond, jamais un manque de produit.
Algicide ou chlore choc : faut-il vraiment choisir ?
Les deux ont leur usage, mais pas au même moment. Algicide en entretien préventif, à petite dose hebdomadaire, pour empêcher l’installation des colonies. Chlore choc non stabilisé en rattrapage, quand l’eau a déjà tourné. Inverser les rôles est l’erreur classique : verser de l’algicide sur une eau verte revient à payer un produit pour un travail qu’il ne sait pas faire.